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DIAL 2586

BRÉSIL - Un autre monde est nécessaire et possible

mardi 1er octobre 2002, mis en ligne par Dial

Il existe au Brésil plusieurs groupes se retrouvant sous l’appellation « Foi et politique ». Actifs depuis 1998 dans la région de Belo Horizonte, ils ne se limitent pas à cette région. Au cours de leur seconde rencontre nationale en mars 2001, ils ont réuni quelque 4 000 personnes à Poços de Caldas (Minais Gerais). Ils ont pour objectifs la formation et soutien des chrétiens en matière poltique, dans la perspective de la doctrine sociale de l’Église, de l’option pour les pauvres, de la lutte contre la corruption, de la vigilance sur les respect des promesses électorales, etc. On lira ci-dessous une lettre émanant d’une rencontre régionale tenue à Goiânia le 15 juin 2002, et publiée en encart dans le Bulletin hebdomadaire de la CNBB (Conférence nationale des évêques brésiliens) du 4 juillet 2002.


Nous sommes venus de partout, du District fédéral et de tout l’État de Goiás. Nous sommes presque 200 chrétiens, des zones rurales ou des villes, désireux de renouveler la première rencontre « Foi et politique » qui eut lieu en 2001 à Goiâna. Dès le matin nous nous sommes retrouvés : embrassades, sourires, poignées de mains et une certitude : un autre monde est nécessaire et possible !

C’est cette espérance et cette certitude qui font que nous, hommes et femmes venus du cœur du Brésil, nous ouvrons nos cœurs pour célébrer et approfondir notre foi militante et construire ensemble les raisons de notre espérance et de notre foi.

Nous vivons l’expérience du prophétisme biblique dont nous héritons, et c’est pour cela que nous nous retrouvons dans cette seconde rencontre régionale Foi et politique. Nous avons compris que la mondialisation néolibérale, idolâtre, sert et adore trois dieux : le dieu argent, le dieu capital et le dieu marché, et c’est pour lutter contre cette idolâtrie du capitalisme néolibéral que nous avons choisi les alternatives sociopolitiques, ecclésiales et populaires, riches de valeurs éthiques, qui construisent un monde nouveau, nécessaire et possible, basé sur la solidarité. Pour cela nous essayons d’encourager et de cultiver des formes de vie nouvelle, plus libre, solidaire et socialiste. Cette réalité nous invite et nous pousse à être prophètes nous-mêmes, suivant la pratique prophétique de Jésus-Christ. Comme de fidèles disciples, nous sommes envoyés par Jésus-Christ dans cette réalité multiple, et complexe qui nous pose des défis à relever (cf : le document synodal L’Église en Amérique, n° 13).

Il a fallu au Brésil 500 ans d’une lutte gigantesque pour se construire. Puis, de l’intérieur du système colonial et dans un mouvement de résistance prophétique, a surgi la résistance aux impérialismes, l’organisation des mouvements et la lutte pour « la solidarité organique » et la souveraineté du peuple. Mais une orientation politique et idéologique systématique, particulièrement dans les années 90, a engendré un processus de destruction de la nation. Aujourd’hui, la production industrielle diminue et l’endettement du pays s’accroît. La faim et la misère s’aggravent de même que la violence. Des États parallèles se forment et installent un appareil policier. La détérioration morale augmente, renforcée surtout par la télévision, qui impose à la société et surtout aux plus faibles et aux plus vulnérables des valeurs perverties.

Il émerge cependant une nouvelle situation à la fois continentale et planétaire : d’une part, l’hégémonie nord-américaine et l’imposition de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) et, d’autre part, le courant grandissant du Forum social mondial, alternative qui propose une nouvelle voie aux idéaux socialistes dans le monde.

Environnés et atteints par cette réalité, c’est dans un effort permanent pour refuser des projets politiques qui idolâtrent le marché, et avec la volonté de ne servir que le Dieu de la vie solidaire, incluant tout être humain, que nous revivons la prophétie d’Elie (1R 19,1-18). Les alliances entre empires et le culte aux divinités du système hégémonique poussent le prophète à prendre une attitude rigoureuse, authentique et courageuse. Mais arrivent bientôt les menaces de mort et les moments de peur et de fuite. Alors de ces moments de crise de la foi, naissent l’inquiétude, la déception et les désillusions. Dans le silence de la réflexion et de la méditation sur les réalités personnelles et sociales, Dieu nous appelle, nous encourage et nous confie une mission politique.

Ainsi, comme la promesse faite à Elie, nous héritons de la vie afin de persévérer prophétiquement : « genoux qui n’ont pas plié devant Baal et bouches qui ne l’ont pas embrassé ». Dans une communion œcuménique au sens large et un dialogue interculturel avec la lutte et les paroles de Gandhi, nous savons que : « si nous voulons progresser, nous ne devons pas répéter l’histoire, mais en construire une nouvelle » . Nous réaffirmons notre engagement de chrétiens militants et pour cela nous nous engageons à :

1. Etre des missionnaires de la foi et de la politique, car nous croyons que la foi illumine la politique qui est en fait un lieu très concret où peuvent être mises en pratique les valeurs de la foi. Convaincus de tout cela, nous appelons tous les compagnons dont le militantisme puise ses racines dans la foi chrétienne, à continuer à résister et à proposer de nouvelles alternatives, y compris pendant cette année électorale, à choisir et à accompagner des candidats engagés dans un projet éthique et socialiste pour la nation, car un autre monde est nécessaire et possible, et de nombreuses initiatives sont en train de voir le jour.

2. Etre de fervents témoins de l’amour et de la passion de Dieu envers l’humanité, et pour cela nous nous engageons à garder vivante la flamme de notre foi et de notre engagement social et politique, en nous réalimentant en permanence dans nos groupes de réflexion et en fréquentant assidûment la Parole de Dieu, car l’autre monde nécessaire et possible est la concrétisation du Royaume de Dieu.

3. Montrer notre compassion et notre indignation devant le monde qui s’offre à nous : (un monde de misère, d’exclusion, de corruption, d’impunité,...), et ressentir une véritable passion pour la politique, car « la politique est une façon de vivre la charité » (Paul VI). Compagnons de route, nous devons être rigoureux dans l’éthique de notre militantisme, car l’autre monde nécessaire et possible est construit sur des valeurs réellement humaines.

4. Stimuler et soutenir les candidats aux élections de 2002 et tous nos frères et sœurs qui exercent déjà leurs mandats électifs, qui sont un service et un témoignage chrétien.

5. Continuer à être des citoyens sensibles aux « signes des temps » et pour cela nous nous engageons également à :

5-1 Renforcer la construction d’un projet politique populaire et démocratique pour améliorer la qualité de la vie dans notre nation afin que les plus faibles et les exclus aient des conditions de vie dignes.

5-2 Approfondir nos critiques au sujet de l’implantation de la ZLÉA et ses conséquences, surtout pour le Brésil appauvri, et renforcer le Plébiscite sur la ZLÉA.

5-3 Voter - et bien voter - au mois d’octobre prochain en aidant le peuple à comprendre que « le vote n’a pas de prix mais a des conséquences ».

5-4 Agir directement sur l’implantation et le fonctionnement des « Comités 9840 »1 dans nos villes pour garantir un vrai contrôle des actions menées par les candidats aux prochaines élections et par ceux qui seront élus.

5-5 Participer de façon solidaire au « plan d’action contre la faim et la misère » proposé dans tout le pays par la Conférence nationale des évêques brésiliens et les organisations du peuple de Dieu.

6. Accepter avec amour, joie et responsabilité la préparation et l’organisation de la 3e rencontre nationale Foi et politique, à Goiâna, en septembre 2003.

7. Notre mouvement Foi et politique a vu le jour sous le mandat de Dom Antonio Ribeiro de Oliveira et nous lui en sommes très reconnaissants. Actuellement, il compte fraternellement sur son nouveau pasteur Dom Washington Cruz.

En fin de compte, frères et sœurs, nous essaierons d’être des gens d’espérance, même en ce monde de désespoir, « en faisant connaître les raisons de cette espérance à tous ceux qui nous le demanderons » (cf 1P 3,18), car un autre monde est nécessaire et possible.


- Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2586.
- Traduction Dial.
- Source (portugais) : CNBB (Conférence nationale des évêques brésiliens), 4 juillet 2002.

En cas de reproduction, mentionner au moins la source française (Dial - http://enligne.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

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