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BRÉSIL - Rupture du barrage de Brumadinho : « Il ne s’agit pas d’un accident, il s’agit d’un crime... » Les évêques du Brésil prennent position

vendredi 22 février 2019, mis en ligne par Pedro Picho

Déclaration de solidarité de la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB)

« Toute la création continue de gémir en douleur d’enfantement » (Rm 8,22).

Brasilia-DF, le 26 janvier 2019 [1].

La tragédie de Brumadinho, région métropolitaine de Belo Horizonte, dans l’État du Minas Gerais, vient confirmer la prophétie de Saint Paul VI : « En raison d’une exploitation qui ne prend pas en considération la nature, l’être humain commence à courir le risque de la détruire et d’en arriver à être lui-même victime de cette dégradation. » (Discours à la FAO, le 16/11/1970).

À l’occasion du « désastre de Mariana » [2], également dans le Minas Gerais, le Conseil épiscopal de pastorale de la CNBB affirmait : « Il faut mettre une limite au profit à n’importe quel prix qui, bien souvent, fait négliger les mesures de sécurité et la protection de la vie des personnes et celle de la planète » (25/12/2015). « Le principe de maximisation du profit, qui tend à s’affranchir de toutes autres considérations, est une distorsion conceptuelle de l’économie » (Laudato si’, 195). Ce principe détruit la nature et la personne humaine.

Il est bien triste de constater que le « désastre de Mariana » a aussi peu servi de leçon. Il est urgent que les activités minières au Brésil fassent l’objet d’une règlementation pour encadrer les profits exorbitants des firmes minières au prix de sacrifices humains et de la dégradation de l’environnement, avec pour conséquence la destruction de la biodiversité. « L’environnement est un bien collectif, patrimoine de toute l’humanité et de la responsabilité de tous » (Laudato si’, 95).

Les familles et les communautés espèrent, de la part de l’exécutif la rigueur des contrôles, de la part du législatif la responsabilité éthique de revoir le Code de l’exploitation minière, et du judiciaire rapidité et justice.

Unis à la famille de l’archidiocèse de Belo Horizonte, nous faisons nôtre les paroles de son archevêque Dom Walmor Oliveira de Azevedo : « Il est urgent de minimiser la douleur des personnes qui ont été touchées par un désastre environnemental de plus, sans oublier de suivre de près l’action des autorités, dans l’élucidation des responsables de ce nouvel épisode triste et lamentable, plaie ouverte dans le cœur du Minas Gerais. Que justice soit faite, avec lucidité et sans les médiocrités qui engendrent un passif, dans un sens humanitaire en donnant priorité au bien commun, avec un respect inconditionnel et un engagement au service des plus pauvres » (25/01/19).

La présidence de la CNBB exprime sa solidarité et offre ses prières au Seigneur de la Vie en faveur des familles et des communautés de l’archidiocèse de Belo Horizonte, touchées par la rupture du barrage de la compagnie minière Vale. Nous invitons chaque chrétien à s’associer aux frères et sœurs qui souffrent de la perte de ses êtres chers et de ses biens.

Que l’espérance de vivre dans la « Maison commune » anime nos pas et que la foi dans la résurrection illumine notre douleur !

Cardinal Sérgio da Rocha, archevêque de Brasília, président de la CNBB

Dom Murilo S. R. Krieger, SCJ, archevêque de Salvador, vice-président de la CNBB

Dom Leonardo Ulrich Steiner, OFM, évêque auxiliaire de Brasília, secrétaire général de la CNBB


Les entreprises minières sont coupables de crimes contre l’humanité. Déclaration de Dom Joaquim Giovani Mol Guimarães, évêque auxiliaire de Belo Horizonte

31 janvier 2019.

Les richesses du Minas Gerais, ses minerais et tant d’autres merveilles que le Créateur nous a si généreusement données, se sont transformées en son malheur. Le Minas Gerais voit la destruction rapide et gravissime de ses fleuves et de ses lacs, de ses rivières et de ses terres agricoles, de ses communautés et de ses cultures. Des crimes sont commis contre la vie humaine, contre l’environnement, et contre le droit de vivre en communauté et en famille.

Dans l’Encyclique Laudato si’, le pape François nous alerte sur l’urgente nécessité de comprendre que la planète agonise et crie contre le mal que nous provoquons par un usage irresponsable et par un abus des biens dont Dieu l’a doté.

Ce qui a été légué à l’homme, pour qu’il prospère, ait une vie pleine et la transmette aux générations futures, la cupidité sans borne et les agissements criminels des firmes minières le détruit en si peu de temps. Nous nous trouvons devant la faible régulation de ce secteur par un législatif infiltré par des personnes rétribuées par ces mêmes entreprises et qui reçoivent les autorisations de la part d’un exécutif mêlé à de multiples intérêts pas toujours républicains et très peu contrôlés par les organismes qui existent pour cela. Et pour finir un judiciaire lent et narcissique, très coûteux, insensible, prétentieux et coupé du peuple brésilien. Ce fut le cas à Mariana, avec la Vale-Samarco, dont l’affaire est encore en cours devant la justice ; et c’est encore le cas à Brumadinho avec la même Vale. On ne peut pas laisser les choses continuer ainsi.

Il n’y a pas eu un accident à Brumadinho dans ces Mines générales. Il y a eu un crime environnemental, il y a eu un homicide collectif. Une tuerie de personnes, d’animaux et du milieu environnemental. Ils ont presque tué l’espérance, la foi, la dignité et l’amour des personnes qui ont survécu ; maintenant elles souffrent terriblement et de manière indescriptible. En cours de soins, elles tentent de se récupérer, de se relever, de se revitaliser pour retrouver leur dignité et leur courage.

Comme il n’y a pas de compagnie minière dans l’abstrait, les personnes qui y exercent leur activité et sont responsables de cette tragédie doivent être punies avec rigueur conjointement avec l’entreprise, pour que ne tombent pas dans l’oubli ceux qui ont une part de responsabilité dans cette affaire et sont si peu dignes de confiance. Consciemment les firmes minières optent pour les coûts les plus bas et pour des modes d’exploitation du minerai de fer et d’autres métaux les plus dangereux pour l’environnement et pour la vie humaine. À cause de cette soif insatiable et folle de richesses chaque fois plus grandes, toujours plus concentrées entre les mains de très peu de personnes, ces entreprises maintiennent les travailleurs dans la pauvreté la vie entière et les expose à la mort. L’exploitation minière dans notre pays devient éthiquement insoutenable, calamiteuse et à haut risque pour la vie humaine et pour toute vie existante sur les lieux où elles s’exercent.

La cruauté et le possible renouvellement de ces crimes dévastateurs, nous montrent que ce qui les distingue à peine des crimes contre l’humanité, c’est le fait qu’ils n’ont pas eu lieu dans le cadre d’un conflit armé. Les pratiques de ces auteurs d’infractions semblent systématiques et résulter d’une vision claire en termes de pertes et profits de ses actes lâches et inhumains contre la population civile. C’est pourquoi il est urgent que les personnes, les organisations et les institutions qui valorisent la vie humaine et qui veulent défendre la nature contre cette destruction progressive et suicidaire, s’insurgent contre ce modèle de production qui enrichit un si petit nombre et détruit la vie de tant d’autres. De la manière qu’elle se réalise cette économie tue, répète le pape François, le plus grand leader humanitaire du monde actuel.

La persistance de ce modèle économique d’enrichissement par la destruction est inadmissible. Nous ne pouvons plus continuer d’accepter que la nature, première création de Dieu, soit systématiquement détruite et que des milliers de travailleurs, personnes âgées, enfants, femmes et hommes, soient quotidiennement exposés au risque de mourir à cause d’une cupidité déplorable.

Peut-être, comme jamais auparavant, et comme nous y invite le pape François qui comme son nom l’indique est inspiré par Saint François d’Assise, « exemple par excellence pour le soin de ce qui est fragile et pour l’écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité » (Laudato si’), peut-être avons-nous besoin d’un débat qui nous unisse tous pour prendre en considération le défi de l’environnement et qu’il ait un véritable impact sur nous tous.


Déclaration du Réseau ecclésial panamazonien (REPAM) sur la rupture du barrage à Brumadinho

Ne pas prendre soin de la Maison commune « est une offense au créateur, un attentat contre la biodiversité et en fin de compte contre la vie. » (DAp 125)

Brasilia, 25 janvier 2019.

Une fois de plus, des familles pleurent leurs êtres chers et la Terre gémit en douleurs d’enfantement. Trois ans après, le Minas Gerais fait face à un désastre de l’environnement causé par l’activité minière avec la même firme comme protagoniste. Le Réseau écclésial panamazonien du Brésil, dont l’inspiration et le service relèvent de la spiritualité de l’écologie intégrale, manifestent leur solidarité aux victimes et aux familles affectées par la rupture du barrage de rejets de l’exploitation minière sur le territoire municipal de Brumadinho, Minas Gerais.

Nous déplorons aussi et nous nous sentons sidérés des conséquences de cette activité qui ignore les préconisations de l’Église pour une économie au service de la vie humaine et des écosystèmes avec leur grande biodiversité (Lettre pastorale du CELAM, « Disciples missionnaires gardiens de la Maison commune », 93).

Il n’est pas possible de dissocier ce qui s’est passé, ce vendredi, d’avec le désastre de Mariana, chacun de ces évènements avec ses terribles incidences dans la vie des plus pauvres et ses conséquences pour l’environnement. Ceci est un crime de plus contre l’environnement qui a eu lieu et s’est consolidé du fait de l’impunité des précédents. Ce qui a résulté de la rupture du barrage de Mariana n’a pas encore été réparé et ses responsables n’ont pas été punis de manière criminelle. Malheureusement la logique de rigueur contre les auteurs d’infractions à la loi s’attaque chaque fois plus aux petits et épargne le grand capital.

Ce qui attire notre attention c’est le fait que les licences d’exploitation de la mine du Corrego do Feijao et de son barrage de rejets manquent de précisions et sont contradictoires. L’approbation d’agrandissement de l’exploitation a été l’objet d’une forte réticence de la communauté locale.

Comme les évêques du Brésil, nous soulignons le fait que « l’activité minière au Brésil manque d’un cadre réglementaire qui s’attaque au profit exorbitant des entreprises minières au prix de sacrifices humains et de la dégradation de l’environnement, avec la destruction de la biodiversité comme conséquence » (Déclaration de la CNBB au sujet de la rupture du barrage de Fundao, à Mariana, le 25/11/2015).

Nous trouvons important de souligner que nous sommes dans un contexte politique de flexibilisation des lois sur l’environnement et de démantèlement des procédures de licences environnementales. L’attention pour cette réalité doit aussi se tourner vers l’Amazonie, nouvelle frontière convoitée par des groupes internationaux pour l’exploitation minière et offerte par le gouvernement brésilien au détriment des populations traditionnelles, avec des risques pour les terres indiennes déjà répertoriées.

L’action des entreprises minières est connue pour ses violations des droits humains des populations indigènes ou originaires, traditionnelles et paysannes, principalement celles de l’Amazonie, « où, sans consultation préalables et avec l’appui des États, elles tendent à occuper les territoires de ces populations, en les confinant dans des espaces de vie chaque fois plus réduits et limitant ainsi leurs possibilités d’accès à leurs moyens traditionnels de subsistance et détruisant leurs cultures » (Lettre pastorale du CELAM, « Disciples-missionnaires gardiens de la Maison commune », 41).

Les perspectives d’expansion des projets d’exploitation minière en Amazonie seront au prix de la sécurité de populations et de l’environnement, une fois de plus à cause du contexte politique brésilien, dans lequel l’analyse de risques tend à être minimisée et les organismes de contrôle et d’encadrement sont affaiblis au profit de l’autocontrôle de ces mêmes entreprises.

Nous mettons notre espérance pour plus de justice et de respect de la Maison commune en Celui qui est venu pour que tous aient la vie, et la vie en plénitude (Jn 10, 10b).

Cardinal Claudio Hummes, archevêque émérite de São Paulo
Président du REPAM-Brésil.


Traduction française de Pierre Chovet.

Sources (portugais) :
http://www.cnbb.org.br/cnbb-manifesta-solidariedade-com-as-familias-atingidas-pelo-rompimento-da-barragem-de-brumadinho-mg-e-afirma-que-o-desastre-de-mariana-ensinou-muito-pouco/
http://www.cnbb.org.br/mineradoras-lesam-a-humanidade/
http://repam.org.br/?p=2095

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[1le lendemain de la tragédie – NdT.

[2Rupture d’un barrage semblable et à proximité, il y a 3 ans – Ndt.

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