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DIAL 3545

BRÉSIL - Dom Pedro Casaldáliga repose là où il le souhaitait, sur les rives du rio Araguaia, entre un péon et une prostituée

Luis Miguel Modino

lundi 28 septembre 2020, mis en ligne par Dial

Toutes les versions de cet article : [français] [Português do Brasil]

DIAL s’est souvent fait l’écho des textes et déclarations de Pedro Casaldáliga (16 février 1928 - 8 août 2020), poète et prêtre d’origine catalane arrivé au Brésil en 1968 et évêque de São Félix do Araguaia entre 1971 et 2005 [1]. Nous publions ici deux textes de Luis Miguel Modino. Le premier, ci-dessous, a été publié quelques jours après sa mort, le 12 août 2020, sur le portail des communautés ecclésiales de base (Brésil). Le second a paru sur le site Religíon digital le 9 septembre 2020, au lendemain d’une rencontre virtuelle organisée à un mois de sa mort.


Reposer pour toujours parmi ceux qui ont marqué sa vie, ceux qui ne comptent pas, ceux que le monde a placé hors de l’histoire. Son vœu a été exaucé, Pedro repose dans le cimetière des Karajás, sur les rives du rio Araguaia, qui a baigné sa vie pendant plus de 50 ans, là où les sans-nom ont été enterrés, là où il a souhaité reposer pour toujours, entre un péon et une prostituée.

Pedro a toujours été un homme plein de rêves. « Le rêve de Dieu a aussi été le rêve de Pedro, le rêve du Royaume » a déclaré Dom Adriano Ciocca, évêque de São Félix do Araguaia, lors de la messe de funérailles célébrée le 12 août au Centre pastoral Tante Irène. Pedro restera au milieu de ceux qui ont joué un rôle fondamental dans sa vie, car « il voulait la justice, il voulait la vie en abondance, il voulait la joie, une vie pleine pour tous et pour toutes. Peu importe la race, peu importe le sexe, peu importe la culture, peu importe la religion » a insisté l’évêque.

En parlant des rêves de Pedro, Dom Adriano a affirmé qu’« il rêvait mais qu’il rêvait les pieds sur terre, car il n’est pas resté seulement dans le rêve, il a essayé de vivre et de se battre pour que ce rêve se réalise. Le banquet du Royaume doit commencer ici sur terre et nous sommes responsables pour que la joie du partage, la plénitude de la fraternité, donne au moins quelques signes parmi nous ». Ce rêve qui a traverssé sa vie, Pedro en a fait une réalité. Pour qu’il se réalise, « Pedro a décidé de suivre Jésus, son Maître, dans la radicalité et dans la fidélité que nous connaissons », commente l’évêque actuel de São Félix, qui a aussi souligné la volonté de Casaldáliga de se mettre à la dernière place, se faisant simplement appeler Pedro, « il s’est fait péon avec les péons [2], il s’est fait Indien avec les Indiens, il s’est fait solidaire de ceux avec qui Dieu s’est solidarisé, les abandonnés, les exclus, les esclaves ».

Une posture de vie radicale, c’est ainsi que Dom Adriano Ciocca a défini Dom Pedro, comme celui qui « a servi d’exemple et continue de nous servir d’exemple ». Il est perçu par l’évêque comme « une graine plantée sur les rives du fleuve Araguaia, une graine qui doit pousser et produire de nombreux fruits ». Suivant son exemple, Dom Adriano a lancé le défi suivant : « C’est à nous de réaliser ce qu’il a semé, ce à quoi Pierre a cru, sa manière de vivre l’Évangile, dans ce dévouement, ce service total et cette pleine incarnation. Que ce soit l’un des signes, comme une marque déposée, qui continue de définir notre Église de São Félix do Araguaia, notre prélature ».

Il faut surtout que l’exemple de Pedro soit présent dans la vie du peuple, « il doit être la marque de la vie que nous devons mener, il doit être cette force de transformation, cette force qui portera des fruits de justice, des fruits de vie, des fruits d’amour », a insisté Dom Adriano, qui appelle, pour que la vie de Pedro marque notre vie, à reprendre et méditer ses poèmes, pour qu’ils deviennent une part concrète de notre existence. Le défi c’est que « cette lumière puisse continuer à briller pour que le rêve du grand banquet de la vie devienne visible, malgré tous les obstacles que nous connaissons et vivons en ce moment », a déclaré l’évêque, qui a remercié Dom Pedro pour son exemple et sa fidélité au Christ.

Celui qui n’est jamais retourné en Catalogne, où il est né, n’a jamais oublié ce que ses origines représentaient dans sa vie. Pedro qui, enfant, avait couru dans les rues de Balsareny voulait que cette terre qu’il avait foulée se mêle pour toujours à la terre de l’Araguaia. C’est ce qui a été accompli lorsque la terre de Balsareny a été placée dans son cercueil, avec une pierre du monastère de Montserrat, référence de foi dans la vie de tous les Catalans.

Les adieux à Pedro ont été un moment d’hommages et de célébration plein d’espoir. Il y avait beaucoup de monde, des personnes connues mais aussi des anonymes, qui voulaient tous lui rendre hommage. Les paroles de Dom Leonardo Ulrich Steiner, envoyées de Manaus au successeur de Dom Pedro à la prélature de São Félix, définissent son prédécesseur comme un mystique, « enraciné dans la terre, dans l’humanité et en Dieu », quelqu’un de libre, d’audacieux, d’inspiré, d’une vie simple et dépouillée, qui a parcouru les chemins de l’Évangile des pauvres, preuve de ce que le premier évêque de São Félix a transmis par sa vie. Pour tout cela, l’archevêque de Manaus a montré sa profonde gratitude envers Dieu et envers Pedro, pour tout ce qu’il a vécu dans la Vallée des oubliés, mais surtout pour les petits détails de la convivialité.

Adolfo Pérez Esquivel, qui a toujours vu Pedro comme un symbole de justice et de paix, a également envoyé un message en ami. Ce furent aussi des hommages et des remerciements de la part des personnes présentes, des évêques, de la population, et également de la part des peuples autochtones, comme les Xavántes, qui l’ont honoré avec révérence et admiration, reconnaissant à quel point les luttes de Pedro, un vaillant guerrier, avaient contribué à ce qu’ils restent en vie aujourd’hui et gardent espoir, malgré les difficultés et les persécutions.

Pedro est ressuscité, il contemple l’Araguaia depuis la rive où il s’asseyait pour prier et contempler l’œuvre du Dieu créateur, pour trouver l’inspiration qu’il traduisait en poèmes et dans une vie d’Évangile au sein d’un peuple et d’une terre qui n’oublieront jamais leur prophète, leur poète.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3545.
- Traduction de Pedro Picho pour Dial.
- Source (portugais) : Portail des communautés ecclésiales de base (Brésil), 12 août 2020.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, le traducteur, la source française (Dial - www.dial-infos.org) et l’adresse internet de l’article.

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