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DOCUMENTAIRE - L’Évangile de la révolution, de François-Xavier Drouet

lundi 29 septembre 2025, mis en ligne par Dial

Données techniques

 Documentaire couleur, 115 minutes
 France, Belgique, 2024.
 Sortie en salles en France : 3 septembre 2025
 Langue originale : français
 Auteur : François-Xavier Drouet
 Images : Colin Lévêque
 Montage : Bruno Schweisguth
 Son : Bruno Schweisguth
 Mixage : Xavier Thibaut
 Étalonnage : Cédric Jouan
 Production : Raphaël Pillosio France (L’Atelier documentaire)
 Coproduction : Anne-Laure Guégan, Géraldine Sprimont (Need Productions)
 Partenaires : Fédération Wallonie-Bruxelles, Shelter prod, CNC, Région Île de France, Région Nouvelle Aquitaine
 Distribution (France) en salles : L’Atelier documentaire
 Ventes internationales : Andana Films

Synopsis

Le souffle révolutionnaire qu’a connu l’Amérique latine au XXe siècle doit beaucoup à la participation de millions de chrétiens, engagés dans les luttes politiques au nom de leur foi. Portés par la théologie de la libération, ils ont défié les régimes militaires et les oligarchies au péril de leur vie. À rebours de l’idée de la religion comme opium du peuple, le film part à la rencontre d’hommes et de femmes qui ont cru voir dans la révolution l’avènement du Royaume de Dieu, sur la terre plutôt qu’au ciel.

Réalisateur

Né en 1979, diplômé en sciences politiques et en anthropologie, François-Xavier Drouet a suivi le master de réalisation documentaire de création de Lussas. Il vit et travaille en Creuse, sur le plateau de Millevaches.

Bande-annonce

Critique de Frei Betto, théologien et écrivain brésilien : « L’Évangile de la révolution, portrait saisissant de l’Amérique latine »

Le film L’Évangile de la révolution, documentaire de François-Xavier Drouet sur l’impact politique des communautés ecclésiales de base et de la théologie de la libération en Amérique latine est une œuvre d’art surprenante. Loin du film de propagande, il construit un récit mêlant rigueur documentaire, audace esthétique et dimension profondément humaine pour revisiter des moments de luttes révolutionnaires au Salvador, au Brésil, au Nicaragua et au Mexique. ll en résulte un film puissant, dialoguant avec ceux qui ont vécu les périodes de lutte armée de la seconde moitié du XXe siècle et le sens biblique du mot « révolution » pour tous les pauvres animées par la foi chrétienne.

L’une des grandes réussites du film est sa capacité à mettre en lumière des personnages historiques – leaders politiques, penseurs, militants anonymes – sans les réduire à des caricatures. La caméra suit chaque personnage avec respect, révélant ses contradictions, ses peurs, ses doutes et ses conquêtes. Au lieu de construire des héros idéalisés, le film présente des personnes réelles, dont la force politique naît précisément de leur vulnérabilité et de leur courage quotidien. Ce regard humanisant nous rappelle que les processus de transformation sont le fait de gens ordinaires : pauvres, jeunes, personnes animées par l’éthique, l’empathie et un sens profond de la justice.

La mise en scène mise sur un montage ingénieux, articulant archives, témoignages et sources historiques. Le rythme est soutenu, mais jamais précipité : le spectateur est amené à réfléchir tandis que les images défilent au même rythme que les luttes populaires pour la libération. Le film suggère, sans didactisme, que l’histoire est parfois cyclique et que les aspirations au changement reviennent toujours lorsque la société est confrontée à l’inégalité et à la violence structurelle.

La photographie est un autre point fort. La lumière est traitée avec un soin presque liturgique : les visages tristes des opprimés illuminés par un espoir tenace ; les montagnes silencieuses annonçant des horizons utopiques ; les témoignages qui évoquent le courage et la résistance. Cette esthétique confère au film une aura poétique, comme si chaque image était une tentative de capturer non seulement des faits, mais aussi l’esprit d’une époque. La beauté visuelle n’est jamais gratuite, elle soutient le message central selon lequel la révolution est aussi faite d’imagination, de sensibilité et d’amour.

Le film se distingue particulièrement par la manière dont il articule politique et spiritualité. En traitant la lutte révolutionnaire comme une sorte d’évangile, une bonne nouvelle, l’annonce d’un monde possible, le récit crée un terrain fertile pour la réflexion sur l’éthique, la solidarité et l’engagement collectif. La révolution n’apparaît pas comme un simple geste de violence, mais comme un choix patient et communautaire dans des sociétés et des contextes qui ont supprimé les voies pacifiques et démocratiques. Ce cadre élargit l’horizon du spectateur, invité à envisager la lutte pour la transformation sociale comme une pratique de soin, d’espoir et de foi.

L’Évangile de la révolution relie le passé et le présent, établissant des parallèles entre les anciens cycles d’oppression et les défis actuels, tels que l’expansion du fondamentalisme évangélique et les impasses de la voie révolutionnaire. Il ne s’attarde pas sur les regrets : il met en évidence les conquêtes, les apprentissages et, surtout, la persévérance des personnes qui continuent à croire en la dignité humaine comme fondement de tout changement. Ce mouvement donne au public un sentiment de continuité historique, comme si chaque geste de résistance faisait partie d’une longue chaîne.

L’Évangile de la Révolution est donc une œuvre lumineuse. Son plus grand mérite est peut-être de rappeler que, même en période de désenchantement, il existe des vies, des idéaux et des expériences qui persistent à montrer une autre voie. Le film célèbre le courage de ceux qui ont osé rêver et démontre que la révolution, avant d’être une proposition politique, est une manière de marcher à la lumière de la foi et de réaliser le projet de Dieu dans l’histoire.

Texte originellement publié en portugais sur le blog de l’auteur (3 décembre 2025) et traduit en français par François-Xavier Drouet.

Médias

 Cédric Lépine, « Entretien avec François-Xavier Drouet pour son film L’Évangile de la Révolution », le Club de Médiapart, 29 août 2025 (pdf).

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