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DIAL 3770

GUATEMALA - Petén : Le village de Las Viñas, une communauté sur laquelle planent des menaces d’expulsion

Juan Bautista Xol

samedi 28 février 2026, mis en ligne par Dial

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Cet article de Juan Bautista Xol, journaliste maya Q’eqchi’ d’El Estor (Izabal) a été publié le 29 janvier 2026 sur le site Prensa comunitaria qui cherche à donner la parole au peuple et à se faire l’écho de ses luttes.


Le village de Las Viñas est situé au sein de l’aire protégée de la Biosphère Maya, selon les informations du Secrétariat de planification et programmation de la Présidence (Segeplan). La population accuse des personnes associées aux autorités gouvernementales d’avoir voulu expulser leur communauté depuis le 22 janvier.

Des hommes, des femmes et des jeunes de la communauté de Las Viñas ont dénoncé les nouvelles menaces d’expulsion qui pèsent sur leur communauté qui pourraient laisser sans logement, sans écoles, sans possibilité de cultiver et donc sans récoltes 30 familles métisses.

La communauté est située à 53 kilomètres du chef-lieu de la commune de Las Flores, Petén (au nord du Guatemala), et plus précisément au kilomètre 52 de la route qui mène à la commune de Melchor de Mencos.

Ses habitants se consacrent depuis plus de 40 ans à la culture du maïs et des haricots, leur principale source de revenus pour pouvoir faire vivre leurs familles et donner une éducation à leurs enfants.

Les habitants ont déclaré que ce sont des particuliers venus dans la communauté qui leur avaient dit qu’ils allaient être expulsés le 22 janvier, mais l’avis officiel de l’État ne leur est pas parvenu.

Le jour dit, les membres de la communauté se sont réunis pour maintenir l’alerte car, ont-ils rapporté, ce n’est pas la première fois qu’ils sont menacés par des personnes armées inconnues qui prétendent être les propriétaires des terres qu’ils cultivent. Plusieurs d’entre eux ont remarqué la présence d’un hélicoptère qui a survolé pendant plusieurs heures la communauté, créant la peur dans les familles.

Une histoire qui remonte à avant le conflit armé

Les anciens de la communauté indiquent qu’avant que ne soient déclarées les zones protégées dans la région du Petén, 18 caballerías [1] étaient déjà travaillées par leurs parents à l’époque du conflit armé, et qu’ils ont hérité de ces terres pour continuer à les cultiver et les transmettre ensuite aux nouvelles générations.

« Je suis ici depuis 1974, nous avons enduré des moments très difficiles tels que le conflit armé intérieur. Depuis cette époque nous avons commencé à labourer la terre, nous sommes pauvres et nous sommes guatémaltèques, on ne peut pas nous traiter comme des étrangers à qui on refuserait un petit bout de terre déjà mis en culture », a déclaré Contreras, connu pour être l’un des anciens de la communauté qui a vécu les crises du conflit armé au Guatemala.

Les anciens de la communauté assurent que leur communauté s’est installée avant la publication du décret de zones protégées. Les données du Secrétariat de la planification (Segeplan) indiquent que la communauté de Las Viñas est située au sein de la réserve de la Biosphère maya et appartient à la commune de Flores.

Le village de Las Viñas est doté d’un Conseil communautaire de développement (Cocode) qui a géré des projets et des services, en fonction de la croissance de la communauté et des revendications afin que les habitants puissent être assurés d’une qualité de vie, rapporte un document du Segeplan.

Ce même document note qu’il y a eu une bonne gestion durant les périodes d’exécution des projets : 2008-2012 ; 2012-2016 et 2016-2020.

Selon Contreras, en 2004 ils vivaient tranquillement dans leur communauté jusqu’à ce qu’en 2005 leur soit retirée une partie de leurs terres par un groupe de gens armés qui revendiquent actuellement leur droit sur ces terres.

Pour la communauté ce qui se passe est le résultat d’une alliance des autorités gouvernementales avec des propriétaires terriens et des entreprises qui paient des pots-de-vin pour agir au détriment des paysans. « Nous pensons que les riches paient des corrompus pour qu’ils nous dépouillent de tout. Nous avons vu des juges parce que c’est ce que la municipalité nous a dit de faire mais, comme nous n’avons pas d’argent, ils ne nous écoutent pas, même si nous sommes sûrs que la municipalité ne s’est pas prononcée ni en notre faveur ni en faveur des riches », ont déclaré les habitants.

Selon les habitants de Las Viñas, les personnes qui réclament les 18 caballerías de terre sont originaires des États-Unis et sont les propriétaires de la société Las Lucía Marías, société anonyme, qui se consacre à des activités immobilières et qui, ces deux dernières années, ont fait volé des hélicoptères au-dessus de la communauté pour intimider les habitants.

Les femmes nous ont dit que tous les jours elles se réveillent avec la peur d’être expulsées ou de recevoir la nouvelle de ce que leurs maris ou leurs enfants ont été assassinés pour avoir défendu leurs terres. Elles demandent au gouvernement de Bernardo Arévalo de convoquer une réunion pour qu’on fasse connaître le droit historique des habitants de Las Viñas.

« Nous avons peur qu’on assassine nos maris et nos enfants. Nous vivons dans cette communauté depuis très longtemps, nous demandons au président qu’avec l’aide des juges ou des institutions qui défendent les droits, l’on nous écoute et l’on en finisse avec cette situation », ont déclaré les femmes.


 Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3770.
 Traduction de Françoise Couëdel pour Dial.
 Source (espagnol) : Prensa comunitaria, 29 janvier 2026.

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[1environ 700 hectares – note DIAL.

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