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DIAL 3579

BOLIVIE - Second tour des élections départementales : le MAS perd les quatre départements en ballottage

Página 12

mardi 18 mai 2021, mis en ligne par Dial

Le second tour des élections départementales organisé dimanche 11 avril 2021 a constitué un revers pour le Mouvement vers le socialisme (MAS), actuellement au pouvoir. Seuls les départements de Cochabamba, Oruro et Potosí ont élu, au premier tour, un gouverneur issu des rangs du MAS. Article publié sur le site du journal argentin Página 12 le 14 avril 2021.


Désormais, le parti au pouvoir contrôle trois des neufs départements qui composent le pays. Sa direction, à commencer par l’ex-président Evo Morales, a annoncé qu’un processus d’évaluation et de restructuration va suivre.

Le Mouvement vers le socialisme (MAS) a essuyé un coup sévère lors du second tour des élections départementales de dimanche [1] en accumulant les déroutes dans les quatre départements boliviens en jeu. Ses dirigeants, à commencer par l’ex-président Evo Morales, ont déjà annoncé l’amorce d’une étape d’évaluations internes et d’une restructuration de fond. Lors des élections de mars [2], le parti de Morales et du président Luis Arce avait conservé les départements de Cochabamba, Oruro y Potosí, et perdu ceux de Beni et Santa Cruz. Désormais, il ne gouvernera pas non plus à La Paz, Tarija, Pando et Chuquisaca. Les résultats, cependant, ne présagent pas une position vraiment dominante dans l’opposition, qui demeure dispersée.

Les 9 département boliviens (carte réalisée par Daan, domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1165047)

Dans le département de La Paz, qui constitue le centre politique du pays, le candidat du MAS, Franklin Flores, réunit 44,34% des voix, loin des 55,66% qu’obtient l’opposant du groupe Jallalla, Santos Quispe, après dépouillement de 90% des suffrages. Le parti au pouvoir n’y avait jamais eu besoin d’un second tour et avait déjà perdu en mars dans la ville pacénienne d’El Alto, bastion historique du MAS, aux mains de l’ex-sénatrice Eva Copa, expulsée du parti.

Le candidat élu, Santos Quispe, est le fils de Felipe Quispe, le « Mallku », leader paysan, député et candidat à la présidence populaire, décédé en janvier [Voir DIAL 3572 - «  ».]]. « Nous allons lui dédier cette victoire, nous installer au pouvoir accompagnés de son ajayu [esprit] en veillant à ne pas lui faire de tort, et nous attacher à bien gouverner dans la transparence et avec humilité », a déclaré Quispe lors de la célébration organisée à El Alto.

À Tarija, région gazière du sud du pays, le scrutin s’est conclu par une autre déroute claire du MAS. Le candidat du pouvoir, Álvaro Ruiz, a rassemblé 45,56% des voix face à l’opposant de centre-droit, Oscar Montes, du mouvement Unis pour Tarija, qui réalise le score de 54,44%. Álvaro Ruiz a reconnu sa défaite le lundi en conférence de presse : « Nous regrettons de ne pas l’avoir emporté, mais aujourd’hui il nous appartient d’aller de l’avant toujours habités par le même engagement. »

À Chuquisaca, dans le sud-est du pays, au terme du comptage des voix, Juan Carlos León, du MAS, a recueilli 42,68% des voix, contre 57,32% pour le leader quechua Damián Condori. Au nord, dans le département de Pando, le candidat du parti au pouvoir, Miguel Becerra, a obtenu 45,32% des suffrages face à Regis Richter, ancien dirigeant du MAS aujourd’hui au Mouvement troisième système (MTS), qui disposait de 54,68% des voix après dépouillement de 99,5% des votes.

L’ex-président de la Bolivie, Evo Morales, a reconnu la défaite du MAS dans les quatre départements en ballotage, et assuré qu’il tiendra une « réunion d’urgence » pour examiner « les raisons de cette défaite, ce qui s’est passé et ce qu’il convient de faire ». Lors de la célébration d’un anniversaire syndical en la région du Tropique de Cochabamba, l’ex-président a rappelé que la nouvelle carte politique régionale ressemble à celle de 2005, année au cours de laquelle les gouverneurs départementaux ont été élus pour la première fois, lorsque le MAS a obtenu trois sièges contre six à l’opposition.

De son côté, l’ex-vice-président Álvaro García Linera a indiqué qu’il ne suffit plus que le MAS soutienne un candidat pour qu’il soit élu en l’absence de leaders régionaux. « Aujourd’hui cela ne suffit pas parce qu’il existe une fragmentation du champ populaire. Avant, il y avait un lien entre champ populaires et MAS, mais actuellement celui-ci dispose de plusieurs têtes au niveau régional », a déclaré García Linera lors d’un entretien avec Bolivisión.

Le secrétaire exécutif de la Centrale ouvrière bolivienne (COB), Juan Carlos Huarachi, a jugé lui que ce qui s’est produit constitue « un avertissement », raison pour laquelle il a proposé de réaliser une « évaluation en profondeur de l’instrument politique » pour le reconfigurer. « Ce que demande le peuple, c’est un changement : de nouveaux cadres politiques, de nouveaux cadres syndicaux », a déclaré Huarachi à Radio Erbol.

Dans les rangs de l’opposition, on a fêté, comme on pouvait s’y attendre, les résultats de dimanche. « Je félicite les gouverneurs élus Santos Quispe, Regis Richter, Damián Condori et Óscar Montes. La Paz, Pando, Chuquisaca et Tarija ont manifesté clairement leur rejet de la corruption, de l’abus de pouvoir, de la persécution et de la discrimination », a déclaré l’ex-président et leader de la principale force d’opposition, Carlos Mesa.

Sur la même ligne, Luis Fernando Camacho, gouverneur élu du département de Santa Cruz, moteur économique du pays, a dit que « les électeurs ne se sont pas laissé intimider par les messages provocateurs du MAS ni par le chantage menaçant que, s’ils ne votaient pas pour le MAS, ils ne bénéficieraient pas de ressources, de vaccins, ou de chantiers d’infrastructure ». L’ex-leader des comités civiques et l’un des principaux accusés dans le procès ouvert à la suite du coup d’État contre Evo Morales, pour lequel l’ex-présidente de facto Jeanine Áñez est détenue depuis un mois, a souligné qu’avec les résultats des élections de dimanche « la démocratie l’a emporté, et l’abus de pouvoir et l’autoritarisme du MAS sont les perdants ».

De son côté, la maire élue de la ville d’El Alto, Eva Copa, a noté que la population « espère un renouveau, un changement de politique, et attend des dirigeants qu’ils tiennent parole et renoncent à la discrimination, au racisme et au séparatisme ». Aux yeux de l’édile, « les instances dirigeantes du MAS se croient toutes puissantes » et empêchent le département de La Paz de se développer.

Le taux de participation aux élections de dimanche s’est élevé à 83%, résultat non négligeable si l’on considère qu’il s’agissait du second tour d’un scrutin départemental. L’entrée en fonction des nouvelles administrations départementales et municipales est prévu pour le 3 mai.


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3579.
- Traduction de Gilles Renaud pour Dial.
- Source (espagnol) : Página 12, 14 avril 2021.

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