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CHILI - Un panel d’experts révèle que Neruda est décédé après l’inoculation « bio-terroriste » de la souche Alaska E43 de Clostridium botulinum

Francisco Marín Castro

lundi 20 mars 2023, par Françoise Couëdel

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Lundi 6 février 2023 - Une source bien informée sur le sujet – qui a préféré taire son identité – nous a indiqué que ce crime a exigé des connaissances importantes en chirurgie et en microbiologie, pour révéler l’évidence de la réalité des faits.

La souche Alaska E43 de Clostridium botulinum, dont l’ADN a été détecté dans la pulpe d’une molaire de Pablo Neruda est la cause de sa mort survenue à 22h30 dans la nuit du 23 septembre 1973.

C’est la conclusion principale qui ressort des deux communiqués de 30 pages chacun élaboré par les experts du Centre de l’ADN ancien de l’Université de Mac Master (Canada) et de la section de Génétique légale du département de médecine légale de l’Université de Copenhague (Danemark).

C’est ainsi que serait corroborée la version de l’assistant du poète, Manuel Araya à ce rédacteur, déclarant que Neruda avait été assassiné par une injection non programmée dans l’abdomen, aux environs de 4 h de l’après midi du 23 septembre. Version rendue célèbre par un reportage « Neruda a été assassiné (Francisco Marin. Proceso n°1801, 8 mai 2011) qui a décidé de l’ouverture de l’investigation, Ref 1038-2011, « Le cas Neruda » du même mois et de la même année que la publication citée.

Ce troisième panel d’experts en « génomique protéomique » a surgi après que dans le deuxième panel – qui a été réalisé entre 2015 et 2017- a été découvert l’ADN de Clostridium botulinum dans la pulpe d’une molaire, ce qui imposait de définir le caractère homicide ou non de celui-ci.

Cette instance a conclu également à la non validité du certificat médical de décès émis le 24 septembre 1973 qui établissait que la cause de la mort était due à un cancer métastasé de la prostate.

Le certificat de décès a été délivré le 24 septembre 1973 par le médecin traitant de Pablo Neruda, l’urologue Roberto Vargas Salazar, qui n’était pas présent dans la clinique au moment du décès de Neruda ni dans les heures qui ont suivi.

Divers témoignages recueillis par cet enquêteur, outre celui de Araya, comme celui fourni par l’ambassadeur du Mexique au Chili, Gonzalo Martínez Corbalá aujourd’hui décédé, ainsi que d’autres qui sont consignés dans le dossier (de plus de 4mille pages), comme ceux émanant de Matilde Urrutia elle même et des infirmières qui étaient au chevet de Neruda dans ses derniers instants, affirment tous que Neruda n’était pas dans un état grave, loin de là, dans la clinique Santa María.

En fait, il travaillait à ses mémoires, assisté de son secrétaire (également assassiné) Homero Arce : « il lisait presque toute la journée », comme l’atteste l’infirmière Patricia Albornoz (page 256). Il était alité. Il aimait avoir des peluches dans son lit, des jouets en peluche, et il en avait pas mal …il plaisantait …il blaguait…il conversait » selon ce que nous a dit l’ambassadeur Martínez Corbalá (Marín et Casasús, El doble asesinato de Neruda, 8 Libros, 2012).

Les examens de laboratoire de Neruda – de son vivant – révélaient qu’il souffrait d’une infection urinaire sévère qui apparemment n’était pas correctement traitée, mais qui en aucun cas n’aurait pu provoquer une mort aussi brutale que celle dont il a souffert. Neruda n’a jamais été en soins intensifs et les seuls traitements qui lui étaient administrés étaient ceux que lui donnait son épouse.

S’il avait été dans un état grave – comme l’affirment les proches de la Fondation Neruda – le minimum aurait été l’hospitalisation dans la meilleure clinique privée du pays : contrôle de ses constantes vitales, perfusion et il n’aurait pas été assisté seulement de son entourage et d’une amie, comme ce fut le cas.

La vérité est que Neruda avait prévu une consultation dans cette clinique avant son voyage au Mexique qui devait avoir lieu le matin du 22 septembre et qui fut repoussé au 24 de ce mois là, raison pour laquelle le voyage n’a pas eu lieu.

Une longue attente

Le représentant du Second panel d’expert génomique, Aurelio Luna, professeur au Département des sciences socio-sanitaires de l’Université de Murcia a indiqué – assisté de 11 autres experts réunis à l’hôtel San Francisco de la capitale chilienne, le 20 octobre 2017- que des études de génomique microbienne permettront de confirmer ou d’exclure, en un laps de temps d’entre six mois et un an, l’intervention d’un tiers dans la mort du poète « alors que, au vu des résultats qui existent actuellement et l’attente de ces nouveaux résultats, nous ne pouvons ni exclure ni confirmer le caractère de mort naturelle ou de mort violente de Neruda.

Cependant ces six mois se sont transformés en plus de 5 ans. En cela ont été déterminants les délais et les obstacles imposés par les Services de médecine légale (SML) pour élucider le cas. Cette institution a même refusé de remettre les échantillons de terre recueillis près de l’urne de Neruda que détenait sa veuve Matilde Urrutia, à Isla Negra. Ceux-ci étaient nécessaires pour analyser la présence de toxine botulique dans l’entourage de la tombe de Neruda, fait qui aurait pu en expliquer la présence dans le corps de Neruda (par contamination) de cette bactérie létale.

Le ministre Mario Carraza (qui a instruit cette cause jusqu’à fin de 2019) a du ordonner la perquisition de SML pour obtenir ces échantillons, qu’il a finalement obtenus.

Un autre obstacle a été l’absence de soutien du gouvernement de Sebastián Piñera (2018- 2022) au financement de ce troisième panel, qu’il a finalement accepté. La pandémie a aussi été un obstacle à l’élucidation du cas Neruda car les laboratoires internationaux impliqués ont du privilégier – pour un temps- la lutte contre l’épidémie sur l’élucidation de la mort du Prix Nobel chilien. À l’occasion de la commémoration du cinquantième anniversaire du coup d’État, il semblerait qu’est arrivé pour Neruda le moment de la vérité.

Troisième panel « génomique protéomique

Ce troisième panel (de caractère hybride ou semi-présentiel) a débuté le 24 janvier et se prolonge jusqu’ au 3 février, jours où les experts remettront les premières conclusions à la ministre Paola Plaza, en charge de la cause depuis janvier 2020

Cela aura lieu en réunion à partir de 15h le vendredi 3 mars. Après cela les experts et les avocats des parties en présence (Parti communiste, Succession Reyes et Ministère de l’intérieur) seront à disposition de la presse. Cependant les rapports définitifs et les conclusions seront remis à la ministre Plaza le 7 mars. Ce sera elle (et non les experts) qui déterminera si Neruda a été assassiné ou non.

En accord avec la résolution du 12 janvier de cette magistrate, le travail de « recherche et détermination de vestiges moléculaires au moyen de la technologie Next Generation Sequencing (NGS) est de la responsabilité des docteurs Debi et Hendrick Poinar (Mac Master) et de Niels Morling et Marie-Louise Kampmann.

Les experts en NCS Romilio Espejo (PhD Chimie, biologie moléculaire et génétique, outre le Prix national des Sciences du Chili) et Maria Paz Weisshaar (docteure en microbiologie et ingénierie génétique) ont été désignés superviseurs indépendants des rapports et des concluions de Mac Master de Copenhague, respectivement.

L’infectiologue Alexis Diomedia a du rapporter des antécédents concernant le Clostridium botulinum et les maladies associées à sa présence dans les humains. La coordinatrice de ce troisième panel est la docteure Gloria Ramírez Donoso (M.Sc International Health Management Development) nommée à cette fonction par le juge Carroza, en mars 2018.

Lors de la troisième réunion décisive des experts du cas Neruda – à laquelle de toute évidence n’a pas été convié le SML – « la grande différence a été l’application de NCS qui a permis de réaliser un analyse de microbiologie légale » selon ce que nous a indiqué une source importante.

Comme l’a indiqué le Docteur Ramilio Espejo- dans son rapport du 9 juin 2013 adressé au ministre Carroza– « les nouvelles méthodologies de séquençage massif de l’ADN (NGS en anglais) ont été utilisées en médecine, y compris en médecine légale, permettent de mettre en évidence ce qu’il est impossible d’obtenir avec les méthodes antérieures. Cette technologie se distingue par le fait qu’elle permet d’obtenir de grandes quantités de données de séquence ADN qui permettent d’identifier l’origine de l’échantillon et la présence d’ADN d’organismes étrangers, même quand les tissus ont subi des dégradations importantes »

Cette méthodologie permet l’utilisation d’équipements d’auto-analyseurs de milliers d’échantillons en même temps. Comme résultat de leur utilisation on a pu trouver la souche Alaska E43 dans la seule molaire sans carie ni obturation de Neruda et qui empêchait la contamination par des agents extérieurs.

Les dents, à l’apex de la racines ont un micro-orifice par où pénètre le sang envoyé par le cœur depuis le ventricule gauche, qui est celui qui irrigue les tissus. C’est là qu’arrivent les globules et éventuellement des bactéries anaérobies (qui ont besoin d’un milieu avec peu ou pas d’oxygène) comme c’est le cas de Clostridiuum botulinum.

Les conclusions

L’organisation de la rédaction des conclusions du Panel s’est faite autour de trois questions :

 1.- La bactérie découverte dans la molaire était-elle endogène ou exogène ? Ce qui conduit à discerner si cette bactérie pénétra dans le corps de Neruda avant ou après sa mort.

Les deux laboratoires (du Canada et du Danemark) sont arrivés aux mêmes conclusions : la bactérie a atteint Neruda avant sa mort, c’est à dire qu’elle était endogène. Il faut savoir qu’il n’est pas normal qu’un organisme qui contient cette bactérie ne développe pas une forme grave de botulisme.

À noter que la toxine botulique (produite par le Clostridium botulinum) est la « cause de l’empoisonnement puissant le plus connu » selon The New Encyclopaedia Britannica 15° Ed.( fondée en 1768) , vol. 3 : Micropaedia.

 2.- Jusqu’à quelle point est pathogène la souche de clostridium botulinum trouvée chez Neruda. La souche Alaska E43 est une des plus pathogènes de celles qui sont enregistrées et classées.

De cette bactérie est resté du matériel génétique mais pas de matériel toxicologique. Néanmoins cela s’explique par ce que c’est une protéine qui se dégrade avec le temps.

 3.- la bactérie pourrait-elle expliquer la mort de Neruda ?

Oui ; elle le pourrait. Il n’est pas courant que dans un centre hospitalier apparaissent des cas de Clostridium botulinum. Par ailleurs, durant l’hospitalisation de Neruda il n’y a pas eu d’autres cas de présence de Clostridium botulinum. Donc, étant donné son caractère létal il n’y a pas eu de transmission asymptomatique de ce bacille ou de cette bactérie.

Le fait qu’il ait été trouvé dans la pulpe d’une molaire implique qu’il a été transmis par le flux sanguin.

Pour ce qui relève de la question de la juge Plaza quant à la porte d’entrée de la bactérie, l’infectiologue Diomedi a répondu qu’une possibilité est que celle-ci ait pénétré dans le corps de Neruda à travers le tablier des epiplones, qui se situe dans la zone de l’abdomen, riche en vascularisation artérielle, veineuse et lymphatique. Cela implique que cette toxine ait pu se disséminer rapidement au niveau systémique généralisé ce qui pourrait avoir signifié une mort en quelques heures.

Une source bien informée sur cette cause- qui a préféré ne pas révéler son identité - nous a indiqué que ce crime a supposé une connaissance en microbiologie et en chirurgie pour être commis avec une efficacité démontrée. Néanmoins, elle précise que la culture de Clostridiumbotulinum en laboratoire n‘est pas d’une grande complexité, raison pour laquelle elle aurait pu avoir lieu dans le laboratoire même de la clinique.

Selon ce qu’indique la médecin professeure de pédiatrie du laboratoire d’infectiologie et de virologie moléculaire (Université catholique du Chili) Marcela Ferrés « un agent infectieux est sélectionné pour être utilisé comme arme biologique s’il répond aux critères de haute infection, contagiosité élevée, haute létalité (qui n’a pas de traitement antimicrobien disponible ou difficile d’accès ou d’une toxicité élevée), pour laquelle il n’y a pas d’antidote ou de vaccins.

La chercheuse ajoute (dans l’article « Agentes Biológicos y Bioterrorismo » publié dans le n° 73, vol. 1 de la Revista Chilena de Pediatría, janvier 2002) que « des exemples de maladie infectieuses de forte létalité sont l’anthrax par inhalation et l’intoxication botulique ».

En rapport avec celle-ci elle remarque « le botulisme se manifeste par une paralysie musculaire progressive et symétrique qui conduit à une insuffisance respiratoire à des délais variables selon la porte d’entrée de la toxine (…).La paralysie musculaire est irréversible sans le recours à la ventilation qui peut être nécessaire durant des semaines et des mois jusqu’à se régénèrent les terminaisons nerveuses bloquées par la toxine au niveau présynaptique. La toxine botulique est la plus létale de toutes les toxines, à la dose de 0,001 microgramme par kg pour entrainer la mort de 50% de ceux qui sont contaminés ».


Traduction française de Françoise Couedel.

Source (espagnol) : https://www.elciudadano.com/reportaje-investigacion/exclusivo-panel-de-expertos-determina-que-neruda-murio-fruto-de-inoculacion-bioterrorista-de-cepa-alaska-e43-de-clostridiumbotulinum/02/03/.

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